Les élections municipales étaient le dernier scrutin avant les présidentielles de 2027. L’occasion de voir comment évolue le rapport des forces électorales dans le pays.
Premier constat, au plan national, il n’y a pas de vainqueur incontesté.
Petit tour d’horizon:
- Le RN poursuit son implantation en gagnant des dizaines de municipalités. Pour autant c’est une vague, pour l’instant, limitée géographiquement au pourtour méditerranéeen et le Nord. Ailleurs la percée du RN est assez limitée. Autour de la Méditerranée se dessine la stratégie à venir pour une partie non négligeable de la droite. La victoire d’Eric Ciotti à Nice, même si elle doit beaucoup au rejet de Christian Estrosi, conforte ceux qui, à droite, prêchent une alliance avec le RN.
- A droite, les situations sont assez contrastées. Les vainqueurs comme David Lisnard à Cannes et Edouard Philippe au Havre restent en course pour les présidentielles, les vaincus comme François Bayrou, Christian Estrosi, Rachida Dati sont sans doute écartés pour un certain temps - peut-être même définitivement- du paysage politique. Sans doute certains d’entre eux vont être nommés par Emmanuel Macron, dans les mois qui suivent, à quelques postes très rémunérateurs…
On pourra mesurer l’impact pour la droite et l’extrême droite de ces municipales lors des prochaines échéances sénatoriales.
- A gauche, le PS préserve ses bastions et tente de jouer là-dessus pour se prévaloir du leadership à gauche.
- Les écologistes ont essuyé les plus lourdes pertes (Strasbourg, Bordeaux, Besançon), mais c’est assez logique. La séquence de 2020 fut particulièrement généreuse pour EELV, en 2026 il y a le retour à une certaine réalité électorale.
- Le PCF tente de masquer la poursuite de son affaiblissement derrière les victoires, dans le cadre de triangulaires, à Nîmes et Aubagne. Le tissu des mairies communistes poursuit son effritement. Cela ne sera pas sans conséquence lors des prochaines élections sénatoriales en 2026 et 2029.
- La France Insoumise, malgré une campagne médiatique d’une rare violence à son égard, rencontre plusieurs succès significatifs. Pour autant nous ne pouvons pas parler d’une poussée. C’est plutôt un rééquilibrage en rapport avec la réalité de l’évolution de son influence électorale.
Le point sans doute le plus intéressant pour LFI c’est sa capacité à gérer les seconds tours, en actant des fusion quand cela était possible, en se retirant quand le risque RN était réel comme à Marseille.
Les municipales n’auront pas bouleversé les rapports de force en vue des présidentielles.
- C’est une confirmation, si cela était nécessaire, du poids de plus en plus important de l’extrême droite dans le corps électoral.
- Et cela d’autant plus qu’à droite aucun leader n’émerge. Certes Edouard Philippe reste dans le jeu, David Lisnard affirme ses ambitions, Eric Retailleau trépigne d’impatience, De Villepin veut incarner une droite humaniste, mais tout cela risque fort de ne pas peser lourd à l’arrivée. Une primaire du centre à l’extrême droite comme le propose Lisnard, un candidat désigné par les instances de LR, une candidature commune désignée par on ne sait trop quel processus… Les pistes sont multiples, mais pour l’instant c’est très chaotique.
- A gauche, les grands perdants de la séquence des municipales sont les tenants de la primaire. Les plus chauds partisans de cette primaire sont, pour le moins, en difficulté. Marine Tondelier sort affaiblie, Olivier Faure est en minorité au sein même du PS, Clémentine Autain et François Ruffin semblent retomber dans un certain anonymat. Prévue pour le 11 octobre, la primaire de la gauche semble de plus en plus se limiter au seul groupe «Écologiste et social» de l’Assemblée nationale .
- D’autant plus que la direction du PCF réaffirmant «le rôle central du PCF dans la conquête des pouvoirs par le monde du travail» considère que les communistes ont «toute légitimité pour porter une candidature de rassemblement issue de leur rang, pour l’élection présidentielle comme pour l’ensemble des scrutins locaux et nationaux du pays» . Sauf bouleversement stratégique lors du congrès qui se tiendra en juillet, Fabien Roussel sera candidat en 2027.
- Du côté du PS, la volonté de reconquérir l’hégémonie à gauche passe par une candidature à la présidentielle…. Les postulants sont nombreux profitant de l’affaiblissement d’un Olivier Faure qui en voulant donner des gages à la ligne «tout sauf LFI» et en s’affranchissant du programme du Nouveau Front Populaire a acté son propre effacement.
- Pour LFI, c’est la mère des batailles. La présidentielle est aussi son point fort, Jean Luc Mélenchon étant capable en 12 mois de campagne de multiplier par 2-3 les intentions de vote le concernant. Une performance déjà réalisée à 3 reprises… Mais conscient qu’il faut élargir le front du rassemblement, LFI vient une nouvelle fois de proposer « à ceux qui sont restés fidèles au programme du NFP » – l’alliance à gauche pour les législatives de 2024 – « de constituer une nouvelle alliance populaire : faisons de notre candidature à l’élection présidentielle une candidature commune » précisant à un accord « dans le même temps sur le programme » et sur « les candidatures aux élections sénatoriales et législatives », avec la mise en place d’un « conseil politique pour mener en cohérence ces deux élections ». (Manuel Bompard le 2 avril; Le Parisien).
Cette proposition, en direction des communistes et des écologistes, d’un accord global (programme, législatives, présidentielle, sénatoriales), à laquelle, idéalement, il faudrait ajouter celle de l’architecture d’un futur gouvernement est bien plus intéressante que celle de la primaire. Une primaire; soit elle n’engage pas grand monde pour la suite (cf Benoit Hamon), soit elle donne un chèque en blanc au candidat ainsi désigné qui fort d’une légitimité populaire est libre de faire ce qu’il veut (cf François Hollande). Dans les deux cas c’est soit l’échec avec même le scrutin, soit le renoncement dès le lendemain du scrutin.
Encore beaucoup d’interrogations à un an du scrutin. Mais le paysage devrait sérieusement se décanter d’ici le mois de juillet.
Robert Injey
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