Les adhérent·es du PCF vont voter, du 3 au 6 septembre, pour acter la candidature de Fabien Roussel à la présidentielle.
Ce vote interne intervient dans un contexte marqué par la déferlante d’extrême droite sur le vieux continent et sur le continent américain. La France sera-t-elle la prochaine victime de cette poussée brune?
Les raisons de cette vague à travers la planète sont multiples. Les crises et le vieillissement des populations favorisent la peur. Les repliements identitaires face à un monde qui bouge, la régression sociale et le renoncement d’une partie de la gauche à transformer la société font le reste.
La présidentielle de 2027 en France peut être un accélérateur de cette fuite en avant ou tout au contraire marquer un coup d’arrêt.
Nous sommes donc à l’heure des choix.
Mais, comme pour le dérèglement climatique, certains pensent que l’urgence est ailleurs et que les petits intérêts partisans sont plus importants que le combat majeur contre l’extrême droite et les logiques libérales. C’est malheureusement le syndrome qui frappe le PCF et une partie de ses adhérent·es, qui pour une partie significative y ont adhéré dans les années 70 et 80.
Fabien Roussel est déterminé, plus que jamais, à faire cavalier seul, au risque de gratter quelques centaines de milliers de voix qui risquent d'être préjudiciables pour la qualification au second tour. La candidature de Fabien Roussel est loin de faire l'unanimité au sein même du PCF et encore moins au sein de l’électorat communiste. Pour en rester sur des aspects très factuels, quatre indications :
• La stratégie à l’œuvre avec Fabien Roussel depuis 2018 n’a pas enrayé la chute des effectifs du PCF, bien au contraire, le reflux du nombre d’adhérent·e·s devient critique :
• 2018: 49 231
• 2023: 42 237
• 2026: 37 286
Une perte de 11 945 adhérent·e·s, soit près de 25% d’adhérent·e·s en moins en 8 ans.
• Seconde indication, lors du vote sur le choix du texte préparatoire au congrès, si le texte présenté par Fabien Roussel l’emporte, il est en net recul en suffrages exprimés. En 2023 il comptabilise 23 930 suffrages, ils ne sont plus que 14 810 en 2026.
• Lors du vote en mai 2021 pour désigner le candidat communiste, Fabien Roussel recueillait 23 245 voix sur 43 888 inscrits. Il est plus que probable que le 6 septembre au soir son score soit très en dessous de 20 000 voix.
• Sous la direction de Fabien Roussel, lors des 3 derniers scrutins nationaux (Européennes 2019, présidentielle 2022 et européennes 2024 ) le PCF reste scotché sur un socle entre 600 000 et 800 000 voix soit entre 1,2% et 1,65% des inscrit·es.
Effondrement des effectifs, recul de l’audience du texte présenté par la direction sortante, audience électorale qui stagne à un niveau extrêmement bas… Ces questions bien évidemment n’ont fait l’objet d’aucun bilan critique au dernier congrès, d’aucune remise en cause. Bien au contraire, la seule réponse à celles et ceux qui s'inquiétaient a été de poursuivre tête baissée dans le même choix, dans l'entêtement d’une stratégie solitaire.
Face au danger que fait peser l’extrême droite sur notre pays, cette situation désespère de nombreux communistes de cœur ou de carte. Nombreux sont celles et ceux qui l’ont quitté ou sont tenté·es de le faire.
Quelques-un·es ont espéré changer la donne au dernier congrès. En vain
Alors que les sociaux-libéraux sont déterminés à porter une candidature à la présidentielle, que la dynamique autour de Mélenchon est enclenchée, avec des écologistes de plus en plus nombreux qui s’y engagent, tout comme le NPA Anticapitaliste ou bien encore des personnalités comme Frédéric Lordon, l’urgence c’est de rassembler au premier tour le bloc de cette gauche de rupture.
Et cela d’autant plus que :
• Sur le programme nous avons su trouver en quelques jours les chemins pour acter le programme du Nouveau Front Populaire.
• L’offre politique existe. Certains ont la mémoire courte : en 2012 le PS, dans la dynamique de la victoire de Hollande, n’avait pas hésité à s’emparer des circonscriptions où le sortant était communiste, comme à Gennevilliers ou Bagneux. LFI depuis 2022 propose un accord Programme-Législatives. Il en est de même pour 2027 avec la présidentielle. Qu’attendons-nous? On peut élargir le cadre de l'accord en posant la question de l’architecture du prochain gouvernement par exemple, ou insérer des propositions sur le programme.
Bien évidemment rien n’est parfait, tout est perfectible. Mais en l’état actuel, dans le rapport de force tel qu’il existe, la meilleure option politique pour offrir à notre pays une véritable alternative face à l'extrême droite et les libéraux et autres sociaux-libéraux n’est-elle pas dans un accord avec LFI liant programme / législatives / présidentielle plutôt qu’un vote interne qui ne fera qu’acter une impasse politique?
Robert Injey
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