Bonsoir, on vient de me présenter. Je suis donc le neveu de Max Barel, que l'on appelait le grand Max dans mon enfance. On m'a donné son nom pour que vive sa mémoire. Je suis le fils d'Yves Barel, troisième fils de Virgile.
Je vais développer cette prise de parole en trois temps.
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Pour le premier, je parle au nom de la famille de Max Barel.
Il est crucial de dire que toute la famille de Max est contre cette initiative de statue sous la mandature Ciotti. Jean et Annette, les enfants de Max, et leurs familles sont absolument révoltés. Aline, demi-sœur de Jean, est présente ce soir. Mes deux sœurs, dont l'une, Brigitte, est ici aussi, s'associent à cette protestation.
Il faut souligner qu'à aucun moment la famille n'a été impliquée dans cette initiative, ni consultée, ni même informée d'une quelconque façon. Quand Jean a appris ce projet, avant moi et avant le conseil municipal qui l'a voté, il a fait des courriers de protestation tous azimuts, au PC, à la Republica de Nissa, à l'Huma, au Monde, etc. Sans être entendu. Il a reçu une réponse du PC, avec un argumentaire paradoxal sur lequel je reviendrai.
Toute la famille est solidairement, totalement et définitivement opposée à cette statue, dans ces circonstances.
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En second lieu, je tiens beaucoup à désamorcer la guéguerre malsaine et toxique que certains semblent vouloir installer entre le PC et LFI. Malgré les termes injurieux utilisés dans un post FB par un responsable local à l'égard de notre famille et particulièrement de ma prise de parole, je tiens à dire tout le respect et même l'affection que j'ai eu dans ma vie pour les militants et sympathisants communistes que j'ai pu connaître ou seulement croiser au contact de mon grand-père Virgile et de mes parents. Je ne peux pas oublier l'émotion à la vue de tous les camarades qui sont venus le saluer lors de ses obsèques. Ils n'étaient pas seuls ce jour-là qui a rassemblé tout le peuple de gauche niçois.
Enfant, à Sarcelles, je faisais la tournée de vente de l'Huma le dimanche avec ma mère. Pendant mes vacances ici à Nice, je passais des journées dans les locaux du journal Le Patriote. Je me souviens des linotypes et des rotatives…
Donc, NON, nous n'avons aucune haine des communistes à vendre, comme on nous en a fait l'insulte. Au contraire. Comment cela serait, quand Virgile, notre grand-père, fut la cheville ouvrière et un pilier du PC niçois ?
Il faut aussi aborder la question du « droit de propriété intellectuelle » sur la mémoire de Max et Virgile Barel. OUI, Virgile a toujours été d'une fidélité absolue au parti. Oui, à sa mort, il a laissé ses archives et, tacitement, un devoir de mémoire au PC. C'est pourquoi, pendant près de cinquante ans, la famille n'a pas cherché à contester la mainmise sur cette mémoire.
Mais il y a une limite à cette « propriété intellectuelle », non seulement temporelle, mais surtout de principe. Il est évident que la mort de Max, comme celles de tous les résistants et combattants communistes, appartient à l'histoire. Et la mémoire de cette histoire appartient à tous ceux en droit de s'en revendiquer politiquement. Je ne dis pas à tout le monde, la nuance est importante.
Seulement à ceux dont les sensibilités et les actions politiques sont apparentées aux combats de Max et Virgile. Pour faire simple, le peuple de gauche.
Et, NON, il ne suffit pas de se prétendre républicain pour s'approprier la mémoire de Max.
C'est pourquoi ce devoir de mémoire est totalement dévoyé par la proposition d'une statue sous cette mandature, qui constitue une faute politique majeure.
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C'est le troisième point. Pourquoi est-ce une faute politique ?
Le principe d'une statue, déjà. Quelle statue ? On peut faire dire beaucoup de choses à une statue. Dans le cas du grand Max, que l'on voit sur des photos en uniforme de polytechnicien, qui a, après Polytechnique, choisi la carrière militaire car il pensait que les communistes devaient avoir cette compétence et qu'il fallait construire une armée proche du peuple, il est assez facile de détourner son image. Qui, à gauche, voudrait que la mémoire de Max soit représentée par la statue d'un militaire qu'on pourrait confondre avec celle d'une brute coloniale ? Comment seraient transmises les valeurs de son engagement pour une société plus juste, égalitaire, sociale, anticapitaliste, communiste ? Une statue faite par un sculpteur de droite, un fondeur d'extrême droite ?
L'argumentaire selon lequel une mandature est courte et la statue lui survivra n'est pas valide.
Il n'est pas valide car nous sommes dans une séquence politique particulière. Depuis des années et de plus en plus, dans un contexte de droitisation généralisée, les médias dominants travaillent sans relâche pour faire entrer dans « l'arc républicain », selon la formule consacrée, les forces les plus réactionnaires et fascisantes. Simultanément, ces mêmes médias s'acharnent à repousser hors de cet arc la seule force de gauche qui les tétanise car elle a la puissance de prendre le pouvoir. L'échéance électorale de l'an prochain, dans quelques mois, pendant justement cette mandature municipale, est cruciale.
La stratégie, maintenant rodée, de détourner des messages de gauche et de récupérer les grandes figures de ses combats est connue. On se souvient de la figure de Guy Môquet, utilisée jusqu'à plus soif par la droite dure. Saviez-vous que lorsque Virgile était à la prison de la Santé après qu'il fut arrêté, comme tous les députés communistes du Front populaire, sa « marraine », la personne autorisée à lui rendre de fréquentes visites, était Juliette Môquet, mère de Guy et épouse de Prosper Môquet. Plus tard, au bagne de Maison Carrée, Virgile reçut une carte de Juliette pour lui apprendre la mort de Guy avant que Prosper en soit informé, pour que ses compagnons soient préparés à le soutenir. La manœuvre de la droite sarkozyste pour « voler » Guy Môquet nous avait déjà révoltés. Maintenant, l'extrême droite pourrait s'emparer de la mémoire de Max.
Alors, il faut le rappeler sans relâche. Le grand Max a été torturé et est mort dans des souffrances atroces, sous la responsabilité de K. Barbie, certes, mais des mains de miliciens fascistes français. Des deux qui sont identifiés et ont reconnu les faits, ils s'en vantaient presque, le seul qui a pu être
condamné a très vite été gracié et amnistié. Alors même que le corps de Max n'a jamais été retrouvé, laissant une plaie éternelle au cœur de ses proches. Virgile en a été inconsolable toute sa vie.
C'est très symbolique. Max, qui, par son niveau d'éducation, était destiné à prendre part au destin national, peut-être pour mettre en œuvre les mesures du CNR, a littéralement disparu. Les fascistes n'ont pas disparu. Ils ont fondé un parti, en détournant, déjà, le nom d'une organisation résistante, majoritairement communiste. C'est ce parti même qu'on travaille depuis longtemps à rendre
fréquentable, « républicain ». Ce parti qui pourrait prendre le pouvoir l'année prochaine si nous ne l'en empêchons pas.
Alors, NON, toute manifestation ou cérémonie qui permet à l'extrême droite de jouer aux républicains consensuels est gravement funeste dans cette perspective.
Nous ne pouvons pas l'accepter et nous devons tout faire pour que la vraie gauche l'emporte l'an prochain.
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