Plus que 6 mois d’ici le second tour de l'élection présidentielle. C’est à la fois peu et beaucoup pour un scrutin de cette importance. Des rebondissements vont encore se produire, des candidats peuvent se retirer, d’autres peuvent émerger. Petit tour d’horizon:
Deux candidats sont d’ores et déjà bien installés dans le paysage.
L’extrême droite avec Marine Le Pen qui, malgré ses casseroles et celles de ses proches, caracole toujours en tête dans les sondages. Les affaires judiciaires, les posts antisémites de Bardella et les violences des groupuscules d’extrême droite ne semblent pas, à ce stade, avoir un impact sur les intentions de vote.
De l’autre côté de l’échiquier Jean-Luc Mélenchon apparaît plus que jamais comme le candidat de la gauche de rupture en capacité de se qualifier au second tour. De fait, il y a un élargissement des soutiens, du côté des écologistes, des communistes et des personnalités avec qui LFI était en froid depuis 2024 (Clémentine Autain….). Pour empêcher J.L. Mélenchon d'être au second tour, le gouvernement, la droite et la macronie ne ménagent pas leurs efforts pour le diaboliser. Ainsi les procureurs de la République, aux ordres du ministre de tutelle, ont des réquisitions particulièrement lourdes contre les député·e·s LFI trainé·e·s devant les tribunaux.
Rien n’est laissé au hasard, après avoir tenté de faire un amalgame LFI-Ultra-gauche, tout est mis en oeuvre pour restreindre le droit de manifester. Darmanin demande même aux procureurs généraux de requérir «dans la plupart des cas la fin des droits civiques pour un certain temps et notamment du droit de voter» contre les manifestants traînés devant la justice.
Pendant ce temps les groupes d’extrême droite agressent les manifestants (24 octobre) avec très souvent une grande bienveillance des forces de l’ordre… Cela devient tellement excessif que des électeurs de gauche, pourtant pas tendres avec LFI, en viennent à soutenir le candidat. De ce point de vue, l'évolution du nombre de parrainages populaires est assez indicative. A six mois du scrutin avec plus de 460 000 parrainages il vient d’ores et déjà de dépasser les chiffres de 2022 et 2017 atteint en fin de campagne..
Concernant les autres candidats, nous sommes encore loin d’un paysage définitif.
R. Glucksmann l’a emporté très facilement lors de la primaire du PS et bénéficie dans l’immédiat d’un effet primaire. Mais son positionnement social-libéral, si il lui permet de mordre sur une partie de l’électorat macroniste, va le couper d’une partie électorat socialisant qui veut autre chose qu’une énième version du social libéralisme.
Les écologistes, Marine Tondeleir en tête, sont dans l’expectative. Une candidature autonome est voué à l'échec. Reste à savoir comment atterrir. La préservation d’un groupe important à l’Assemblée nationale va sans doute peser lourd dans la décision finale. La décision est reportée au mois de décembre.
Pour Fabien Roussel, son succès lors du vote interne cache mal qu’il est de plus en plus isolé. En 2022 deux forces politiques le soutenaient, GRS et le MRC. GRS, avec Emmanuel Maurel, après sa participation à la primaire socialiste s’en va soutenir R. Glucksmann. Le MRC lui s’en va soutenir Natacha Polony.
Isolé à l’extérieur, Fabien Roussel l’est aussi au sein de la force communiste prise au sens large. L’appel lancé par Alternative Communiste regroupe d’ores et déjà plus de 2700 communistes de carte et de cœur, dont de nombreux anciens parlementaires, des artistes, des intellectuels, des élus, des compagnons de route de très longue date… À l'interne, les voix sont nombreuses, même si elles sont minoritaires, pour poser la question du maintien de cette candidature. Quelques camarades ont des espoirs dans cette possibilité. Peu probable (cf journal des présidentielles n°5) mais la politique réserve parfois des surprises.
A droite, sans surprise aucune candidature se dégage. La macronie est en grande difficulté pour dégager un candidat. L’héritage est lourd à porter, d’autant que pendant la campagne le candidat sera, qu’il le souhaite ou pas, identifié au bilan de 10 ans de macronie. Chacun y va de sa solution, Yaël Braun-Pivet va chercher (en vain) Gérard Larcher, Gabriel Attal persiste dans sa proposition de primaire. Une insistance qui peut se concrétiser car Edouard Philippe n’arrive pas à s’imposer, et assez logiquement il est en recul dans les enquêtes d’opinion.
Pris en étau entre la macronie et l’extrême droite, Retailleau est engagé sur la même voie que Valérie Pécresse en 2022. Dans ce chaos David Lisnard tente de s’imposer comme un recours. Mais l’arrogance et le positionnement très libertarien de celui que certains présentent comme un «Milei français» risque d’avoir peu d’impact auprès de l’électorat en général.
Enfin d’autres ont le plus grand mail à exister dans cette campagne, à l’image de François Ruffin et de Dominique de Villepin.
Nous avons donc encore deux bons mois avant que le paysage se décante totalement. Certains vont tenter d’exister et de préserver leur chance d’être candidat, d’autres vont devoir trouver les chemins pour atterrir et soutenir un·e autre candidat·e. Pour Le Pen la principale préoccupation sera sans doute de continuer d’être la plus lisse possible et d’éviter que les vieux démons ne surgissent en pleine campagne. Pour Jean-Luc Mélenchon continuer à élargir le socle avec des écologistes, des socialistes, des communistes et des personnalités publiques. Élargir aussi le socle de sa sociologie électorale, largement en tête auprès des 18-34 ans, il va falloir convaincre une partie plus importante des +de 60 ans.
Robert Injey
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