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Robert Injey

Blog personnel sur l'actualité politique à Nice et en France

N°5 journal des présidentielles (Septembre 2026)

Publié le 14 Septembre 2026 par injey06

N°5 journal des présidentielles (Septembre 2026)

A 7 mois de l'élection présidentielle, le paysage commence à se décanter…un tout petit peu. 

Le paysage politique est fortement marqué par  le niveau élevé des intentions de vote pour Marine Le Pen et le risque, significatif, qu'elle puisse l’emporter. Son principal défi, à ce stade,  c’est de tenir la distance et d’éviter que les frasques de ses acolytes (A l’image de la police municipale de Carcassonne) ne fassent fuir une partie de son électorat. 

A droite, sans surprise la macronie est en grande difficulté pour dégager un champion. Les appels à une primaire en sont le reflet. Faute de voir un candidat se détacher significativement, les uns et les autres tentent de trouver une issue. Si Edouard Philippe est pour l’instant légèrement devant au sein de ce bloc, l’écart n’est pas suffisant pour dissuader un Attal qui tente de faire feu de tout bois pour exister. Mais quel qu’il soit, quand la campagne va s'accélérer, le candidat sera, qu’il le souhaite ou pas, identifié au bilan de 10 ans de macronie.  Un boulet qui sera lourd à porter.

Pris en étau entre la droite macronienne et l’extrême droite, Retailleau va sans doute subir de plein fouet l’impact du vote utile. Il risque à l’arrivée de faire autant que Valérie Pécresse en 2022.  

C’est sans doute à gauche que le paysage se décante le plus. D’un côté, la primaire socialiste qui se tiendra les 9 et 10 octobre et, en cas de second tour, les 16 et 17 octobre. Une primaire à 15 euros qui risque d'entraîner une participation assez réduite et socialement très sélective. Qui va pouvoir tirer son épingle du jeu? C’est à ce stade une grande inconnue. Olivier Faure peut-il faire un retour en affichant que Mélenchon n’est pas son ennemi ? Raphaël Glucksmann va-t-il, après les Européennes, opérer un nouveau hold-up sur le PS tout en ancrant de plus la plus sa candidature au centre droit? Que va peser Hollande ? Les semaines qui suivent seront instructives, mais une chose est certaine, le grand écart entre Faure et Glucksmann est tel que, quel que soit le résultat de la primaire, l'électorat socialisant risque fort de se disperser entre la gauche de rupture et le centre gauche.

Du côté de la gauche de rupture, la confirmation par un vote interne de la candidature de Fabien Roussel se fait sur fond d’un nouveau recul du socle militant : avec 25% d’adhérents en moins depuis 2018, et 6000 voix en moins pour valider la candidature de Fabien Roussel par rapport au vote de 2021. Fait nouveau, par rapport à 2022, il y a beaucoup de voix dans la famille communiste qui dénoncent ce choix dans un contexte où la menace de l'extrême droite n’a jamais été aussi forte. Des élus, et pas des moindre, font état de leur désaccord, des militants annoncent d'ores et déjà s’engager avec les Insoumis.  La candidature de Fabien Roussel apparaît comme une «candidature solitaire» (Titre de la Croix). 

Cette candidature sera-t-elle tenable ? Les uns affirment la légitimité d’une telle candidature et sont très déterminés à aller au bout, d’autres espèrent encore qu’il soit possible de chuter sur un accord. A mon avis la probabilité de cette dernière option est quasi nulle. L’équipe de Fabien Roussel, depuis 2018, a soudé une majorité autour de celui-ci sur la détestation à l’égard de LFI et de Mélenchon et sur la réaffirmation de la présence d’un candidat communiste à la présidentielle. Revenir en arrière sur ce second aspect provoquerait, immanquablement, une fracture au sein même de la majorité autour de Fabien Roussel. C’est impensable pour une grande partie de la direction du PCF, sauf s' ils prennent conscience que cette candidature se dirige vers un nouvel effondrement du socle électoral du PCF, stabilisé depuis 2007 autour de 1,6% des inscrits pour la présidentielle… Mais cette prise conscience risque d’être bien trop tardive.

Pendant ce temps Jean-Luc Mélenchon déroule. A la fête de l’Huma, le face à la rédaction de l’Humanité le vendredi soir et le meeting dans le stand de LFI le samedi ont témoigné d’une réelle dynamique. Les images sont parlantes.  Mais cela ne doit pas occulter l’impératif pour le candidat insoumis de continuer à élargir son socle avant le premier tour. En particulier en direction de la famille communiste, des anciens socialistes  et des écologistes.

 

Du côté des écologistes justement, Marine Tondelier poursuit sa partition sur le thème: la gauche doit s’unir. L’échec de la primaire lancée avec Olivier Faure, Clémentine Autain et François Ruffin, la confirmation de la candidature Fabien Roussel, la dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et la primaire du PS, devraient pousser les écologistes à faire un choix à un moment donné.  

Au final, la gauche de rupture peut-elle l’emporter? La campagne du premier tour est une chose, celle du second tour est très différente, surtout face à l’extrême droite. En 2002 qui aurait pu imaginer, avant le premier tour,  que Chirac l’emporterait au second tour avec plus de 80%? Bien plus que lors des précédentes présidentielles, tout est ouvert ce qui renforce la crainte pour certains de voir Jean-Luc Mélenchon accéder au second tour. 

Dans un contexte international marqué par une poussée de l’extrême droite, qui apparaît irrémédiable, la France peut faire la démonstration inverse et ouvrir une autre séquence. Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire…

 

Robert Injey

 

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L
Cher Robert Injey, Cher camarade,<br /> <br /> Je vais être plus direct parce que ton texte n’est pas seulement une analyse personnelle de la présidentielle.<br /> <br /> Après la décision démocratique des communistes de porter la candidature de Fabien Roussel, tu présentes publiquement la candidature Mélenchon comme la dynamique à laquelle le PCF devrait finalement se rallier, et la candidature communiste comme une candidature dont il faudrait espérer l’abandon. On peut évidemment discuter une décision collective. Mais il faut aussi respecter ce qu’elle produit politiquement.<br /> <br /> 72% des militants auraient voter contre la candidature de Fabien Roussel. Tu n'accepterais pas qu'il se présente malgré tout, y compris, en s'appuyant sur des forces en dehors du parti et exploitant le parti.<br /> <br /> La démocratie, c'est respecter la souveraineté et agir dans l'unité d'action par soutenir une nouvelle impasse populiste et réformiste. La rupture avec le capitalisme prôné par Mitterrand en 1971 et la suite devrait te faire réfléchir sur les causes réelles de la montée de l'extrême droite en France depuis 1984.<br /> <br /> La disparition du mouvement communiste, par exemple en ex-RDA, et les querelles entre les tendances sociales-démocrates : SPD historique, Grünen écologique, Die Linke radical et BSW tribunicienne n'endigue pas la montée de l'AfD. Le populisme radical est un leurre pour affaiblir encore le mouvement communiste.<br /> <br /> Le désaccord n’est pas une faute. Mais, un parti n'est pas une juxtaposition d'individualités et l'anomie. Jean-Luc Mélenchon apprécie ton action opportuniste. Mais, à la FI, il ne tolérait pas du tout ton action. <br /> <br /> En effet, promouvoir publiquement une candidature concurrente et contribuer à fracturer le Parti autour d’une décision qui vient d’être prise pose une tout autre question : celle de la loyauté dans la mise en œuvre d’une orientation collective. Et je crois que c’est là que se situe notre divergence fondamentale.<br /> <br /> Jean-Luc Mélenchon est venu à la Fête de l’Humanité parler de capital et de travail, de classes, de révolution et de rupture. Très bien. En bon tacticien, il retrouve par opportunité à cette fête ce langage. Mais il ne suffit pas de reprendre le vocabulaire communisant pour produire une stratégie communiste.<br /> <br /> Il faut regarder ce qu’il y a derrière les mots. Jean-Luc Mélenchon a le verbe haut, populiste, démagogique et gauchiste. Il n'a pas fait l'autocritique de sa participation au PS, à Maastricht, à la Gauche Plurielle etc. Il ne tire pas les leçons de l'échec de SYRIZA en Grèce ou de PODEMOS en Espagne à la même période. Sa radicalité est un vieux retour au radical-socialisme réformiste : les petits contre les gros et dégagiste. <br /> <br /> Le populisme construit un « peuple » transversal opposé à une « oligarchie ». Cela permet de rassembler des colères réelles, y compris une partie de la colère ouvrière et populaire. Mais le marxisme pose une autre question : quelles classes sont en présence, qui possède, qui décide, qui contrôle le crédit, l’investissement et les moyens de production, quels pouvoirs les travailleurs conquièrent-ils et avec quelle organisation ? La radicalité verbale peut masquer une radicalité stratégique beaucoup plus limitée.<br /> <br /> Jean-Luc Mélenchon vient précisément chercher à la Fête de l’Humanité les électeurs communistes, les communistes et les « communisants ». Il sait qu’il existe une aspiration révolutionnaire qu’il doit canaliser dans sa propre stratégie électorale. Reprendre les mots du capital et du travail lui permet d’occuper cet espace. En cela, son action renforce la fausse conscience dans l'opportunisme réformiste dit radical. <br /> <br /> Ce n’est pas nécessairement une manipulation consciente. C’est une stratégie politique objective : agréger autour d’un charisme électoral un peuple suffisamment large rêvant de gagner pour gagner la présidentielle.<br /> <br /> Mais le problème apparaît lorsqu’on demande : comment fait-on ? Que fait-on si la BCE refuse ? Que fait-on si les gouvernements européens refusent ? Que fait-on si le capital refuse ? Que fait-on face aux marchés financiers ? Quel est le plan B ? Comment transforme-t-on réellement les rapports de forces économiques ? L’expérience grecque devrait nous empêcher de confondre programme de rupture et capacité à imposer la rupture. Affaiblir son parti maintenant, c'est chérir les causes du populisme mortifère.<br /> <br /> Sur Maastricht et l’Europe, Mélenchon a lui-même évolué. Il faut le reconnaître. Mais il n'a pas fait d'autocritique. Il a rejeté la faute sur d'autres sans nom, ni adresse : en appelant à un dégagisme. Mais un marxiste doit aussi analyser les trajectoires et les conditions matérielles qui les produisent. Les institutions européennes ne disparaîtront pas parce qu’un gouvernement français demande à la BCE de changer ses règles. Si l’on veut transformer ces règles, il faut construire le rapport de forces permettant de le faire.<br /> <br /> Même chose pour l’inflation : « le capital est indexé, indexons ! » est une formule efficace qu'il a mobilisé et explicité au bon peuple venant l'acclamer. Mais une politique communiste doit aussi agir sur la formation des prix, les marges, l’énergie, le crédit, les importations et les capacités productives. Il l'ignore. Autrement dit, elle doit transformer les conditions de production et pas seulement distribuer autrement le revenu.<br /> <br /> C’est justement là que la démarche de Fabien Roussel mérite d’être regardée autrement que par le seul niveau des sondages.<br /> <br /> Pouvoir des salariés dans les entreprises, nationalisations, maîtrise publique de l’énergie, réindustrialisation, planification, crédit : on peut discuter les modalités, mais on retrouve une question absente du populisme dans ce qu’elle a de plus essentiel : comment transformer les rapports de propriété et de pouvoir. Le problème du populisme n’est donc pas qu’il serait « la vraie gauche » rassemblée. C’est qu’il peut être suffisamment radical dans les mots pour canaliser une aspiration révolutionnaire tout en restant beaucoup moins précis sur les rapports de forces nécessaires pour réaliser cette transformation.<br /> <br /> C’est précisément ce que l’histoire devrait nous avoir appris.<br /> <br /> François Mitterrand pouvait parler de rupture avec le capitalisme et le Parti socialiste se définir comme anticapitaliste. Cela ne l’a pas empêché, une fois au pouvoir, de devenir progressivement un gestionnaire du capitalisme et d’accompagner certaines transformations néolibérales, dont l'Acte Unique, Maastricht etc.<br /> <br /> La volonté politique ne suffit pas. Il faut un rapport de forces organisé.<br /> <br /> C’est pourquoi je refuse ton raisonnement selon lequel la « dynamique » Mélenchon rendrait la candidature communiste inutile ou nuisible. Les militants se sont prononcés souverainement. Et c’est l’inverse : si le PCF renonce à construire sa propre force chaque fois qu’une autre candidature semble mieux placée dans les sondages, il abandonne précisément la bataille de reconstruction populaire qu’il prétend vouloir mener.<br /> <br /> Il repousse à chaque fois le travail de reconstruction du front de classe. Le rôle du PCF n’est pas d’être une réserve électorale disponible pour la candidature la mieux placée. Il est de reconstruire une conscience de classe, une organisation, des luttes et des pouvoirs capables de transformer réellement la société.<br /> <br /> Et c’est là que je pense que ton texte se trompe de combat : tu analyses très bien la course électorale, mais tu finis par demander au Parti communiste de s’adapter à cette course au lieu de chercher à transformer le rapport de forces qui la produit. Le barrage contre l’extrême droite est nécessaire. Mais une stratégie communiste ne peut pas avoir pour horizon de choisir chaque fois quel autre candidat sera le meilleur barrage. Elle doit rendre possible une autre issue et ne pas être la béquille de la social-démocratie.<br /> <br /> Sinon, nous recommencerons indéfiniment la même histoire : une radicalité verbale, une forte attente populaire, une victoire électorale espérée, puis la découverte que les rapports de forces économiques, financiers et institutionnels n’ont pas changé. Et c'est le 25 mars 1983 ... et le codicille sur la croissance du président normal François Hollande en passant par l'indépendance de la banque de France et les directives de libéralisation des secteurs ferroviaires et de l'énergie : conséquences que nous payons encore. <br /> <br /> La question communiste reste donc celle-ci : non pas seulement « qui peut gagner ? », mais « quelle force organise le monde du travail, quels pouvoirs conquiert-il et comment rend-il possible la transformation ? »<br /> <br /> Enfin, la loyauté au Parti implique notamment de ne pas détourner une décision, d’en organiser volontairement le contournement ou de dissimuler les conditions de sa mise en œuvre. Or, tu contribues à construire publiquement le récit selon lequel la candidature démocratiquement décidée par le PCF serait une impasse et la candidature d'une autre organisation serait la perspective dynamique et souhaitable. Nos statuts de 2023 stipulent que chaque adhérente et chaque adhérent, dans l’exercice de ses responsabilités militantes, respecte les décisions collectivement adoptées et contribue loyalement à leur mise en œuvre. L'autonomie individuelle, pour éviter l'anomie, s’exerce dans le respect des statuts, des orientations et des décisions adoptées par les instances compétentes. L’autonomie ne constitue ni une indépendance politique ni une souveraineté concurrente. L’unité d’action procède du pouvoir de décision collective des communistes. La démocratie communiste ne consiste pas à être libre avant la décision puis à considérer que la décision ne vaut plus rien après. Elle consiste précisément à articuler : liberté du débat, décision collective, action collective, contrôle collectif.<br /> <br /> Robert, encore fraternellement, ton désaccord avec la candidature de Fabien Roussel relève pleinement de la liberté du débat. Mais ton texte pose une autre question : dans l'exercice de ta responsabilité militante, contribues-tu à la mise en œuvre de la décision collective ou organises-tu politiquement son contournement ?<br /> <br /> Car ton article ne se contente pas de dire « je suis en désaccord avec Roussel ». Il présente la candidature Mélenchon comme la dynamique à laquelle il faudrait s’intéresser, souligne l’engagement de militants communistes auprès des Insoumis et décrit la candidature communiste comme menacée d’effondrement. Autrement dit, il ne fait pas seulement vivre le débat : il contribue objectivement à délégitimer la décision collective et à promouvoir une candidature concurrente. C'est cela qui plombe le Parti à 2%.<br /> <br /> Cela sabote sa crédibilité. Et ensuite, cela chérie la cause pour dénoncer le collectif et donc la démocratie communiste qui s'est exprimée au profit de la ligne autoritaire et violente d'un tacticien plein de morgue.<br /> <br /> Ce n’est pas une question de pensée unique. Ce n’est pas une question d’interdire le désaccord. C’est précisément la différence entre liberté de discussion et responsabilité dans la mise en œuvre d’une décision. La démocratie communiste ne peut pas signifier l'anomie et le laissez-faire : « je participe au vote quand il a lieu, puis je suis libre d’agir publiquement comme si la décision n’avait pas été prise ».<br /> <br /> Si un responsable estime que la décision doit être réexaminée, qu’il le dise et qu’il porte cette proposition dans les instances compétentes. C’est parfaitement légitime. Mais demander aux communistes de se ranger derrière une autre candidature au moment même où le Parti a démocratiquement décidé de porter la sienne, c’est une question politique différente. Elle mérite d’être examinée collectivement au regard de nos propres principes. Le désaccord n'est pas une faute. Le contournement d'une décision collective peut en revanche devenir un problème de loyauté démocratique et de responsabilité politique à l'égard du Parti.<br /> <br /> Fraternellement,
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