A 7 mois de l'élection présidentielle, le paysage commence à se décanter…un tout petit peu.
Le paysage politique est fortement marqué par le niveau élevé des intentions de vote pour Marine Le Pen et le risque, significatif, qu'elle puisse l’emporter. Son principal défi, à ce stade, c’est de tenir la distance et d’éviter que les frasques de ses acolytes (A l’image de la police municipale de Carcassonne) ne fassent fuir une partie de son électorat.
A droite, sans surprise la macronie est en grande difficulté pour dégager un champion. Les appels à une primaire en sont le reflet. Faute de voir un candidat se détacher significativement, les uns et les autres tentent de trouver une issue. Si Edouard Philippe est pour l’instant légèrement devant au sein de ce bloc, l’écart n’est pas suffisant pour dissuader un Attal qui tente de faire feu de tout bois pour exister. Mais quel qu’il soit, quand la campagne va s'accélérer, le candidat sera, qu’il le souhaite ou pas, identifié au bilan de 10 ans de macronie. Un boulet qui sera lourd à porter.
Pris en étau entre la droite macronienne et l’extrême droite, Retailleau va sans doute subir de plein fouet l’impact du vote utile. Il risque à l’arrivée de faire autant que Valérie Pécresse en 2022.
C’est sans doute à gauche que le paysage se décante le plus. D’un côté, la primaire socialiste qui se tiendra les 9 et 10 octobre et, en cas de second tour, les 16 et 17 octobre. Une primaire à 15 euros qui risque d'entraîner une participation assez réduite et socialement très sélective. Qui va pouvoir tirer son épingle du jeu? C’est à ce stade une grande inconnue. Olivier Faure peut-il faire un retour en affichant que Mélenchon n’est pas son ennemi ? Raphaël Glucksmann va-t-il, après les Européennes, opérer un nouveau hold-up sur le PS tout en ancrant de plus la plus sa candidature au centre droit? Que va peser Hollande ? Les semaines qui suivent seront instructives, mais une chose est certaine, le grand écart entre Faure et Glucksmann est tel que, quel que soit le résultat de la primaire, l'électorat socialisant risque fort de se disperser entre la gauche de rupture et le centre gauche.
Du côté de la gauche de rupture, la confirmation par un vote interne de la candidature de Fabien Roussel se fait sur fond d’un nouveau recul du socle militant : avec 25% d’adhérents en moins depuis 2018, et 6000 voix en moins pour valider la candidature de Fabien Roussel par rapport au vote de 2021. Fait nouveau, par rapport à 2022, il y a beaucoup de voix dans la famille communiste qui dénoncent ce choix dans un contexte où la menace de l'extrême droite n’a jamais été aussi forte. Des élus, et pas des moindre, font état de leur désaccord, des militants annoncent d'ores et déjà s’engager avec les Insoumis. La candidature de Fabien Roussel apparaît comme une «candidature solitaire» (Titre de la Croix).
Cette candidature sera-t-elle tenable ? Les uns affirment la légitimité d’une telle candidature et sont très déterminés à aller au bout, d’autres espèrent encore qu’il soit possible de chuter sur un accord. A mon avis la probabilité de cette dernière option est quasi nulle. L’équipe de Fabien Roussel, depuis 2018, a soudé une majorité autour de celui-ci sur la détestation à l’égard de LFI et de Mélenchon et sur la réaffirmation de la présence d’un candidat communiste à la présidentielle. Revenir en arrière sur ce second aspect provoquerait, immanquablement, une fracture au sein même de la majorité autour de Fabien Roussel. C’est impensable pour une grande partie de la direction du PCF, sauf s' ils prennent conscience que cette candidature se dirige vers un nouvel effondrement du socle électoral du PCF, stabilisé depuis 2007 autour de 1,6% des inscrits pour la présidentielle… Mais cette prise conscience risque d’être bien trop tardive.
Pendant ce temps Jean-Luc Mélenchon déroule. A la fête de l’Huma, le face à la rédaction de l’Humanité le vendredi soir et le meeting dans le stand de LFI le samedi ont témoigné d’une réelle dynamique. Les images sont parlantes. Mais cela ne doit pas occulter l’impératif pour le candidat insoumis de continuer à élargir son socle avant le premier tour. En particulier en direction de la famille communiste, des anciens socialistes et des écologistes.
Du côté des écologistes justement, Marine Tondelier poursuit sa partition sur le thème: la gauche doit s’unir. L’échec de la primaire lancée avec Olivier Faure, Clémentine Autain et François Ruffin, la confirmation de la candidature Fabien Roussel, la dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon et la primaire du PS, devraient pousser les écologistes à faire un choix à un moment donné.
Au final, la gauche de rupture peut-elle l’emporter? La campagne du premier tour est une chose, celle du second tour est très différente, surtout face à l’extrême droite. En 2002 qui aurait pu imaginer, avant le premier tour, que Chirac l’emporterait au second tour avec plus de 80%? Bien plus que lors des précédentes présidentielles, tout est ouvert ce qui renforce la crainte pour certains de voir Jean-Luc Mélenchon accéder au second tour.
Dans un contexte international marqué par une poussée de l’extrême droite, qui apparaît irrémédiable, la France peut faire la démonstration inverse et ouvrir une autre séquence. Ce ne sera pas la première fois dans l’histoire…
Robert Injey
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