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Le blog de  Robert Injey

L'actualité politique à Nice et en France.

La tentation d'une laïcité au faciès?

Publié le 31 Août 2016 par injey06

La tentation d'une laïcité au faciès?

Plusieurs maires ont décidé de passer outre l’arrêt du Conseil d’État sur les arrêtés anti-burkini. Une décision grave de la part d’élus, parfois même de parlementaires, qui ont volontiers des mots très durs pour celles et ceux qui ne respectent pas la loi. Aujourd’hui, alors même qu’ils devraient être exemplaires, ils annoncent crânement ne pas vouloir respecter cette décision !

Au-delà, c’est l’esprit même de la République qu’ils remettent en cause. En effet, l’arrêt du Conseil d’Etat du 26 août, suspendant l’arrêté « anti-burkini » de Villeneuve-Loubet est logique. Pour rendre sa décision, le Conseil d’État met en avant le fait qu’ « aucun élément ne permet de retenir que des risques de trouble à l'ordre public aient résulté de la tenue adoptée en vue de la baignade par certaines personnes ». À partir de cette évidence, c’est donc très logiquement que le Conseil d’Etat motive sa décision par le fait que « l’arrêté litigieux a ainsi porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ».

En rendant cet arrêt, le Conseil d’État applique l’esprit de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789, partie intégrante de la Constitution de 1958, en particulier les articles 4 et 10 qui énoncent : « Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits ; Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi ».

La notion de « laïcité » a souvent été avancée pour motiver ces arrêtés. Constatons simplement que la Loi sur la séparation des Églises et de l’État de 1905, symbole d’une laïcisation affirmée de la République Française, dispose, dès son article 1, que « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes ». Avant d’acter, dans l’article 2, la séparation avec les Églises et la neutralité de la République qui « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

En l’absence de trouble à l’ordre public avéré, c’est sur la base des mêmes arguments qu’une loi anti-burkini se révèlerait non conforme à la Constitution. Mais le burkini n’est-il pas un prétexte de circonstance, derrière lequel se cachent d’autres tentations ?

Celle d’une partie de la classe politique française qui voudrait bien faire revenir la France avant 1905. Nicolas Sarkozy ne s’en cachait pas vraiment en décembre 2007 en prononçant son discours, devant les Cardinaux au Palais du Latran, avec cette phrase terrible : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. »

Au travers de l’entêtement d’élus à maintenir les arrêtés anti-burkini, ou bien face à la volonté de vouloir légiférer comme le demande Nicolas Sarkozy, on peut s’interroger s’il n’existe pas aussi une volonté, inavouable, de transformer la laïcité à la française en une insupportable « laïcité » au faciès, pour institutionnaliser une logique persistante de stigmatisation, dangereuse pour notre société.

Enfin, dans un contexte politique où la droite se déchire et est en difficulté pour exister face à un gouvernement qui lui a piqué son programme, le burkini -comme d’autres questions de société- joue le rôle de leurre. Un leurre qui divise ceux là-mêmes qui subissent les logiques libérales, un leurre qui évite de parler du reste…

Robert Injey

(Article à paraitre dans le Patriote n°151 du 2 septembre)

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